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Bertrand Coppin


Fonction :

Directeur général IRTS Hauts de France (Institut Régional du Travail Social)


Entretien :

Le métier de formateur doit se tourner vers l’extérieur. Il faut savoir s’entendre entre organismes de formation et mutualiser les moyens et les réponses aux appels d’offres, dans une approche partenariale. 

 

Présentation de l’IRTS Hauts de France :

  • L’IRTS Hauts de France est le 1er le plus important de France en termes quantitatifs avec 3400 étudiants en formation initiale et 4 300 stagiaires en formation professionnelle continue.
  • L’organisme emploie 160 permanents au total, dont 60 % de cadres pédagogiques et fait appel à 1 200 intervenants occasionnels ou prestataires, de 3 heures à 600 heures, essentiellement sur les fonctions pédagogiques.
  • Son offre de formation est constituée de la presque totalité des formations conduisant aux qualifications et à l’acquisition de compétences en lien avec le travail social.

1. A quelles grandes évolutions votre structure a-t-elle été confrontée ces dernières années ?  

La première des évolutions a été la digitalisation. Nous avons fait le constat avec les formateurs de la difficulté croissante à capter l’attention des étudiants et stagiaires. Notre organisme a donc décidé de travailler depuis 4 ans sur des formats qui soient davantage familiers aux jeunes, en développant une offre de formation qui compte entre 5% et 30% de contenus pédagogiques sous format numérique. En parallèle, nous avons sensibilisé l’ensemble du personnel aux outils numériques. Et de nombreux cadres pédagogiques ont été formés à la conception de modules de formation à distance.

Avec la dématérialisation, il serait techniquement possible d’aller vers du 100 % distanciel dans le domaine du travail social. Mais attention, on est sur de l’accompagnement humain ! La partie pratique doit impérativement se faire en présentiel pour que la formation reste professionnalisante. On n’acquiert pas les compétences à accompagner des personnes en situation de handicap par visioconférence.

2. Votre positionnement a-t-il évolué ces dernières années ? Et si oui, de quelle manière ?

Le développement stratégique de l’IRTS ne se limite pas à la formation à distance. Du point de vue du modèle économique, 70 à 80 % du budget de l’organisme était constitué par la subvention de l’Etat puis du Conseil Régional.  Il est apparu dangereux de n’avoir qu’un financeur, une subvention pouvant s’amputer. Nous avons donc décidé progressivement de faire baisser la part de la subvention dans le budget global - avec un objectif à 40 % -, en augmentant le segment des activités non subventionnées (formations continues tout au long de la vie).

Aujourd’hui, l’organisme développe de la réponse à appels d’offres, avec la création d’un service dédié. Nous avons d’ailleurs recruté 3 ingénieurs pédagogiques à cette fin. Il y a un véritable enjeu à pouvoir écouter le besoin du client de formation et le transformer en contenu pédagogique. Les clients ont de plus en plus besoin de sur-mesure. On enregistre d’ailleurs une tendance à la baisse des formations Inter au profit de l’intra.

L’autre axe de développement réside dans le développement de nouvelles offres de services proche de nos compétences mais différente des activités « classiques ». Par exemple, l’’IRTS est attributaire d’un appel d’offres sur une activité de visites à domicile des assistantes maternelles dans le cadre de leur agrément. Le département a souhaité sous-traiter cette mission qui relevait auparavant de la compétence de la PMI.

3. Il existe une véritable montée en exigences de la part des financeurs de la formation, dans un contexte de rationalisation budgétaire, encore renforcé avec la crise liée à la Covid-19. Comment y faire face ? 

En se formant, en étant toujours à la pointe des compétences, en étant à l’affût des nouvelles caractéristiques des métiers, qu’il faut co-construire avec les employeurs, en mettant l’ensemble des compétences en commun sur la table. Le métier de formateur doit se tourner vers l’extérieur. Il faut savoir s’entendre entre organismes de formation et mutualiser les moyens et les réponses aux appels d’offres, dans une approche partenariale. L’IRTS a participé à cette démarche, via l’AROFESEP, par une construction conjointe de réponses aux plans de formation de la région. Près de de 80 % des appels d’offre sur le travail social ont été remportés avec cette stratégie de réponse conjointe. La course effrénée à la concurrence n’est pas la solution. Un risque majeur est la baisse des tarifs des organismes de formation qui ne permettrait plus d’équilibrer nos finances toujours fragiles.

Nous préconisons donc de s’appuyer sur les réseaux de professionnels de la formation, de renforcer les consortiums, afin de développer les approches partenariales, qui permettent aussi, dans le même temps, de faire des économies de moyens.

4. Comment voyez-vous l’évolution de votre structure dans les années à venir ?

Le métier traditionnel d’un organisme de formation est de développer une offre de formation, à l’écoute des besoins de l’entreprise et des professionnels. Mais il est nécessaire de diversifier les produits, développer la pluriactivité, en phase avec les savoir-faire aguerris détenus dans l’organisme. La formation ne se résume pas seulement à la pédagogie. L’activité hors diplômes d’état et titres professionnels » de notre organisme constitue une source de revenus qui permet d’assurer sa pérennité financière, ses emplois et de se développer.

 


Article publié
Créé il y a 1 mois

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