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Pascal Laby


Fonction :

Directeur de l'ACTION (Association Intercommunale pour l'Insertion Sociale, Professionnelle, Culturelle et de Loisirs)


Entretien :

L’essentiel pour nous est de travailler sur la valorisation des individus, de trouver le juste équilibre entre les impératifs économiques et les obligations sociales

 

Présentation d’ACTION :

  • ACTION, Association Intercommunale pour l'Insertion Sociale, Professionnelle, Culturelle et de Loisirs, existe depuis 1984.
  • Basé sur le territoire du Cambrésis, l’organisme emploie 18 salariés permanents, dont 7 formateurs.
  • Son activité est centrée à la fois sur la formation à destination des publics éloignés de l’emploi (compétences-clé, savoirs de base, ateliers pédagogiques personnalisés) et sur l’accompagnement dans l’accès à l’emploi, l’insertion par l’activité économique, l’accès à l’informatique et au digital.
  • ACTION se fonde sur une approche directe des publics en difficulté, que l’organisme mobilise de lui-même sur son territoire d’intervention.

 

1. Comment décririez-vous l’approche de votre organisme et votre stratégie de développement ?

La culture de notre organisme est avant tout centrée sur l’individualisation et l’accompagnement (en lien avec la détention du label APP, depuis 30 ans) et sur les contenus pédagogiques. On ne peut pas, de toute façon, se limiter à la fonction de formateur, il faut développer toute une gamme de services et d’activités : insertion par l’activité économique, accès à l’emploi et suivi individualisé, lutte contre la précarité informatique et digitale.

Il faut que les prestataires de formation accompagnent les stagiaires en plus de les former, leur permettre d’avoir un œil critique pour ne pas se sentir dupés. On ne peut pas réduire la formation à sa fonction dans l’économie.

Il faut également prendre en compte que la formation des publics en difficulté est gérée par la puissance publique, ce qui rend notre organisme plus dépendant des stratégies institutionnelles. Il y a plus particulièrement des exigences fortes en termes de maillage territorial, afin de pouvoir assurer la proximité avec les publics. On a d’ailleurs ouvert récemment 7 nouveaux lieux d’accueil pour les publics. Ce qui a nécessité d’adapter notre organisation en conséquence.

2. Dans ce contexte, la digitalisation peut-elle être développée ?

Oui, le confinement a démontré que c’était possible. 80% à 90% des formations commencées ont pu être réalisées, à distance. Tout ceci, avec une réserve : la formation ne peut pas être 100% digitale, les publics en difficulté ont besoin d’un accompagnement au sens traditionnel du terme.

Action cherche même à amplifier ce mouvement : il faut digitaliser nos contenus, équiper et faciliter l’accès à la formation à distance. Dans notre organisme, cette volonté s’est traduite par l’intégration de deux collaborateurs qui ont en charge la digitalisation des formations.

3. Vous devez mobiliser vous-mêmes les publics à venir sur vos actions de formation ? Avez-vous développé des stratégies particulières ?

Nous nous adressons à des publics éloignés de l’emploi, en difficulté, en milieu rural. Nous avons donc développé un réseau d’organismes et des structures nous permettant d’identifier et de faire venir ces publics à nos formations. Mais nous savons que nous devons nous montrer moins dépendants des structures d’accueil extérieures. Nous devons être en capacité de mobiliser ces publics en autonomie, dans la mesure où ils ne viennent pas naturellement vers la formation.

Le CPF, via la monétisation, a généré de la demande individuelle par effet d’aubaine, à laquelle il a fallu s’adapter. L’organisme a tenté d’élaborer une stratégie marketing, sans succès du fait d’une absence de culture marketing et du manque d’appétence pour la formation des publics que nous visons.

4. Comment voyez-vous l’avenir pour votre structure ?

La formation est devenue une variable d’ajustement économique, on ne forme pas des citoyens, mais des personnes placées dans un système de production, la formation est devenue une valeur marchande. Ce qui incite à bien définir ce qu’est une formation, afin de ne pas duper le public. L’essentiel pour nous est de travailler sur la valorisation des individus, de trouver le juste équilibre entre les impératifs économiques et les obligations sociales.

L’avenir de la filière de formation dépend donc du maintien de sa diversité : l’associatif est centré sur des valeurs sociales, humaines. Les entreprises de formation ont d’autres valeurs. Ces deux mondes peuvent cohabiter.


Article publié
Créé il y a 27 jours

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